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Sabotage

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A Douarnenez, petite ville du Finistère, règne depuis quelques années un richissime homme d’affaires, Bertrand Guiomar, qui a fait fortune dans les conserveries de sardines. Son empire s’est largement étendu et il tient désormais la moitié des emplois de la ville. Son dernier caprice consiste à se faire construire un bassin à flots dans le vieux port de pêche pour y accueillir son superyacht, l’Evéade. Mais en face, la résistance s’organise, menée par un groupuscule d’activistes qui a fait de la lutte contre le milliardaire le nerf de ses activités.

La pièce est l’histoire des combats de ce groupuscule, mené par un certain Erwan Kermeur et peut-être plus encore par sa compagne, Eve Guiomar, fille du milliardaire ayant depuis longtemps rompu avec son père. Il y a aussi Laura et puis Paul. Ensemble, ils se revendiquent d’un philosophe qui a théorisé leur utopie, un certain Collini dont le concept central qu’ils ont repris à leur compte est celui du "Grand Poème".

Entre inspiration poétique et activisme prosaïque, ils multiplient les coups d’éclats contre l’installation du yacht. Mais Guiomar est puissant et il use de toute son influence pour les détruire : sur ordre du ministère, la police infiltre le groupe. L’objectif : les prendre en flagrant délit pour les arrêter, dut-on provoquer le délit en question...

“SABOTAGE” est le prochain roman de Tanguy Viel (sortie en librairie en Janvier 2027).
Parallèlement à celui-ci, il a eu dès le début le désir d’écrire une pièce de théâtre en écho à son projet romanesque. Dès le début également, il a eu le désir de la confier à Pierre Maillet et son équipe.

Distribution

Sur scène
8 acteur.ice.s en cours de distribution

Assistant à la mise en scène Thomas Jubert
Scénographie Nicolas Marie
Régie générale Thomas Nicolle
Création Son Guillaume Bosson
Costumes Zouzou Leyens
Perruques et Maquillages Cécile Kretschmar

Extrait

"Elles, les sardinières, dont la tâche s’accomplissait déjà il y a deux siècles, depuis longtemps n’ont plus de coiffes ni de sabots, depuis longtemps ne chantent plus à tue-tête pour oublier la fatigue ni ne jettent leurs bottes dans les rouages de la chaîne, comme on dit qu’elles firent un jour, il y a longtemps, de leurs sabots.
Certains disent que c’est légende mais d’autres affirment que le mot sabotage lui-même vient de là, de ces jeunes ouvrières qui d’amertume et de révolte balancèrent leurs chaussures de bois sur leur outil de travail, quand il arriva que leurs nerfs craquent sous le joug de l’effort.
Car cela arriva, et parmi les événements qui hantent l’histoire de la ville et la surplombent autant que les grandes maisons d’armateurs accrochées sur les pentes, il y a les grandes grèves qu’elles lancèrent un jour de l’automne 1924 et dont la France entière suivit la trame des mois durant, à cause de leur ampleur d’abord, qui les fit sortir par milliers sur les quais du Rosmeur, à cause du mépris des patrons ensuite, aveugles et sourds à leurs revendications, au point d’en appeler très vite à des briseurs de grève et même, à des mercenaires fascistes.
Une chance alors que la violence des nervis dépassa vite les limites du tolérable. Une chance même que l’héroïque maire qui soutenait les jeunes femmes prit trois balles dans la peau, de sorte qu’au plus haut niveau de l’Etat on s’en émût vraiment et qu’on intervînt sans barguigner : on convoqua les grands patrons à Paris et on les fit céder.
C’est à cela peut-être que la grève doit sa postérité, à son issue victorieuse, s’il faut appeler victoire d’obtenir la décence qui nous est due".

Note du metteur en scène

Tanguy Viel et moi c’est déjà une longue (et belle) histoire. Tout commence lorsqu’on me propose d’être le parrain de la promotion 27 à l’École de la Comédie de Saint-Étienne. Outre le parrainage artistique et bienveillant concernant les 10 élèves que j’ai eu la chance de choisir, l’une des demandes de la direction, (avant même le recrutement de ces futurs acteurs en herbe), était de choisir l’auteur qui écrirait leur spectacle de sortie 3 ans plus tard, incluant bien évidemment un accompagnement à inventer durant les futures années de leur formation. Ma première intuition était de proposer cette tâche compliquée et contraignante (écrire pour un groupe de 10 personnes sans que cela fasse « spectacle d’école ») à une personne qui aimerait le théâtre sans pour autant en avoir fait avant. Que ce soit l’École pour tout le monde en quelque sorte. Très vite j’ai pensé à Tanguy (que je ne connaissais que par la lecture de ses romans) d’abord bien sûr pour la qualité de son écriture, puis ses collaborations avec Loïc Touzé et Mathilde Monnier, ses textes de présentation pour des compagnies comme "les Chiens de Navarre" par exemple, mais aussi et surtout pour un amour commun du cinéma et de la ville de Brest. Non seulement la rencontre a été belle et fructueuse, mais elle a aussi donné lieu à une réelle amitié et une envie commune de continuer à travailler ensemble.

Après "45 Possibilités de Rencontres", la pièce créée en 2017 avec et pour les élèves sortants, Tanguy m’a écrit en 2020 un solo biographique à la demande d’Émilie Capliez, "Une Vie d’acteur", sur l’importance du cinéma dans mon envie de jouer en écho avec ma vie personnelle.

Puis en parallèle, on a chacun de notre côté mené des projets qui sans qu’on le conscientise à l’époque avait quelque part la même ambition, en tout cas le même fil rouge : l’injustice sociale. De mon côté avec Fassbinder et Pasolini ; du sien avec deux de ses plus beaux livres (si ce n’est les plus beaux à ce jour) "Article 353 du Code Pénal" et "La Fille qu’on appelle". Le point commun de tous ces projets : l’humanité.
Sans ambiguïté aucune sur qui fait du mal à qui, ou sur ce qui nous fait du mal à tous en général, on sera toujours, lui comme moi, du côté des « innocents » dans tous les sens du terme, révoltés par le mépris que subissent les soi-disant « petites vies » (toute ressemblance avec des agissements de personnes réelles ou ayant existé étant purement fortuites…). Tous deux intimement persuadés qu’une page, une scène de théâtre ou un écran de cinéma sont les meilleurs endroits pour faire entendre ceux qui n’ont jamais la parole.

Autre point commun : face à l’espoir brisé des figures paternelles ou maternelles, (et tout aussi méprisé) le bouillonnement rageur de la jeunesse. « Jusqu’ici tout va bien » était il y a 20 ans la phrase mise en exergue d’un film qui s’appelait "La Haine" (toute ressemblance, etc…)
C’est donc après avoir vu et lu nos travaux spécifiques que Tanguy m’a parlé de "Sabotage". Un roman et une pièce de théâtre écrite en parallèle qui constitueraient à eux deux la dernière partie d’une trilogie sur « l’injustice sociale » après "l’Article 353 du Code Pénal" et "la Fille qu’on appelle".

Que serait aujourd’hui un groupe de jeunes activistes de gauche ? Ou est-ce que le simple fait d’être un groupe identifié « de gauche » ne suffirait pas à les rendre suspects ? (toute ressemblance, etc…) À partir de ces questions, Tanguy décide de faire se rencontrer ses deux précédents romans en vue d’une seule et même lutte (finale ?). Dans ce dernier opus romanesque et donc théâtral dans la foulée, le fameux groupe de jeunes « gauchistes » sera notamment composé d’Erwan Kermeur et Laura, les enfants incompris et maltraités d’"Article 353" et de "la Fille qu’on appelle". À leurs côtés, on retrouvera la police d’aujourd’hui et le pouvoir de toujours, bien que de plus en plus décomplexé (toute ressemblance, encore…)
On découvrira bien sûr de nouveaux personnages : en premier lieu les jeunes gens qui constitueront le reste du groupe « d’action », dont un infiltré qui sera découvert le plus tard possible...

Planeront évidemment les groupuscules bien connus des années 70/80 comme "Action Directe", "la Bande à Baader" ou "les Brigades Rouges", en connaissance de cause puisqu’on ne refera pas l’histoire mais qu’on peut s’en servir pour ne pas refaire les mêmes erreurs.
Sur scène, on retrouvera la même équipe intergénérationnelle que celle de mes précédentes créations "Le Bonheur (n’est pas toujours drôle)" d’après 3 films de Fassbinder et "Théorème(s)" de Pasolini ; dans le texte on retrouvera j’en suis sûr l’amour de Tanguy pour le polar, et dans les deux notre amour commun pour « les victimes imparfaites », qui pensent, comme Laura - "la Fille qu’on appelle" qu’ « il doit y avoir une autre météo possible, un autre ciel, en tout cas on l’exige et en l’exigeant, eh bien, en l’exigeant on se met à déchirer l’air avec des armes tranchantes ». Jusqu’ici tout va bien…

Note de l’auteur

L’écriture de cette pièce de théâtre prend sa source dans un livret d’opéra que j’ai conçu il y a quelques années pour le compositeur Philippe Hurel ("Les Pigeons d’argile", Théâtre du Capitole, 2014). Je ne le savais pas encore à l’époque mais son sujet – le rapport de forces entre un petit groupe d’activistes et un milliardaire tout puissant – était pour moi le départ d’une réflexion romanesque sur le pouvoir, l’aliénation, les tentatives à la fois intimes et politiques de s’en émanciper. Je crois que c’est dans cette perspective que j’ai écrit mes deux derniers romans, "Article 353 du Code pénal" et "La fille qu’on appelle".

Je voulais donc reprendre et développer ce motif d’un groupe de jeunes activistes, formant communauté et se jetant à corps perdu dans des actions politiques de plus en plus violentes. Je voulais profiter de la palette offerte par cet univers mi-politique mi-policier pour explorer les relations entre certains archétypes de personnages : un leader charismatique, une pasionaria, un intellectuel, un jeune flic infiltré, un milliardaire tentaculaire. L’intrigue s’en trouve irriguée par un imaginaire de "polar" : gradation des actes de violence, manipulation policière, cas de conscience des personnages. C’est donc tout ce à quoi je me suis attelé en écrivant Sabotage, d’abord sous la forme romanesque, pensé comme le troisième volet d’une « trilogie politique » qu’il constitue désormais avec mes deux précédents romans.

Quant au désir d’adaptation théâtrale, il puise à trois sources distinctes : d’abord à l’origine même du projet, puisqu’il fut d’abord scénario et dialogues pour un livret d’opéra. Or l’opéra est très économe en texte. Il m’avait fallu, à l’époque, réduire beaucoup la parole des personnages, la styliser plus qu’on ne le ferait au théâtre. J’avais pu sentir les potentialités discursives des figures en place.
La seconde source en est la conséquence, inhérente au développement du roman, tel qu’il s’est écrit : jamais je n’avais autant fait parler des personnages, autant assumé que les situations se déplient dans la parole. Pour la première fois, il m’a semblé, dans certaines scènes, que le récit atmosphérique du narrateur venait seulement nimber des situations de pur dialogue.
Enfin la troisième source est en partie extérieure à moi : elle vient de Pierre Maillet, de notre amitié, et de l’admiration que j’ai pour son travail. Ici, cette collusion entre la vie d’une communauté marginale et l’imaginaire de cinéma qu’il convoque est une occasion de croiser plus encore nos chemins et nos univers. Pour avoir cheminé avec lui ces dernières années, je sais que ce sont là ses thèmes de prédilection, si récurrents dans son travail. Nous avons sur ce point beaucoup de références communes, en particulier Pasolini et Fassbinder mais aussi Tarantino, précisément en ce que ce sont des artistes capables de mêler l’architecture d’une fable à l’exigence de l’utopie. A quoi s’ajoute cette chose qui me semble si nécessaire à un metteur en scène : l’amour des personnages.