Note de mise en scène I Elise Vigier
Dans la dramaturgie de "Oiseau [Guide de survie]", Marie-Christine Lê-Huu part de l’hypothèse que tous les rôles sont interchangeables, que tout le monde peut être tout le monde, et donc que chaque interprète/personnage peut devenir Oiseau.
Qui est l’oiseau de qui ? Qui est compris ou incompris par qui ? Qui est dans le groupe ? Qui en est exclu ? Aucune étude psychologique n’est donnée, mais interviennent des phénomènes d’atomes, de déplacements d’air, de circulation, ou d’effets papillon.
Le travail avec toute l’équipe de création, acteur.trice, dessinatrice, et musicien.nes, s’élaborera autour de cette forme chorale et de la multiplication des perspectives qui conduira donc les interprètes à incarner tour à tour divers personnages. Tous et toutes pouvant au même moment incarner ensemble Oiseau, son attente, sa difficulté à contenir l’entièreté de ce qu’il est dans un seul corps.
Des distorsions qui donneront des versions différentes de certaines situations : se parlent-ils vraiment ou sont-ils là en silence, incapables de nommer ce qu’ils ressentent ?
Dans le cadre d’un stage que j’ai réalisé à l’École Auvray Nauroy avec Manu Léonard, compositeur et ingénieur du son, j’ai pu pousser plus loin l’étude de la pièce. J’ai alors été frappée par la dimension sonore et musicale de cette œuvre. Aussi, avec Esther Armengol, Manu Léonard composera une partition musicale et créera au plateau un petit atelier de « fabrication de musique et de sons » qui accompagnera le récit et les dessins. La musique sera jouée en direct par les deux artistes (chant, violoncelle, guitare, machines).
Une intuition s’est aussi confirmée : la présence du dessin comme décor, comme corps, comme espace. Un trait donne un lieu puis s’efface. Un acteur entre dans un dessin et devient le personnage. Une bulle se dessine et c’est l’ami qui rêve d’Oiseau. Les traits apparaissent et disparaissent, et parfois aussi s’accumulent, graffitis sur le mur. Chacun cherche Oiseau, laisse des traces sous forme de grande fresque ou cadavre exquis rempli de détails et d’indices peut-être… Tout au long du spectacle, l’artiste et comédienne Jacinthe Cappello dessinera en direct, faisant apparaître peu à peu une grande fresque sur papier qui sera une trace tangible de la trajectoire et du moment.
Oiseau [guide de Survie] pourrait ainsi s’envisager comme un roman graphique et musical qui prend corps et se déploie avec délicatesse sur scène, dans la simplicité d’un geste ou d’une esquisse. Rien n’est sûr, tout est suspendu, « essayé », posé en croquis, puis effacé.
Le travail permettra de cumuler les couches de sens tout en veillant à garder un premier plan de narration simple : c’est l’histoire d’Oiseau, cet enfant, adolescent, cet être différent. Cet oiseau que nous portons tous et toutes possiblement en nous à différents moments de nos vies, à tous âges.